Audit des finances de la ville de Montreuil - L'intervention intégrale

A l'occasion de la présentation de l'audit des finances de la ville, hier soir en Conseil municipal, la sénatrice-maire, Dominique Voynet, visiblement gênée par les arguments développés par les élus de la minorité, n'a pas permis au groupe de la Gauche Unie et Citoyenne de mener son intervention au son terme. Ci-dessous, vous trouverez donc l'intégrale de l'intervention qui devait être prononcée par Gaylord LE CHEQUER… avant que le micro ne lui soit coupé au prétexte d'une intervention qu'elle jugeait trop longue.
Madame la Sénatrice-maire,
Cher(e)s collègues,
Je voudrais remercier le cabinet Ernst-Young pour cet exposé technique qui vient de nous être présenté et dire à M. CUFFINI que je l’avais trouvé particulièrement en forme, car oser parler de l’école Louise Michel comme d’une « opération vitrine », je trouve cela particulièrement gonflé et déplacé et je lui propose d’aller en parler ainsi avec les parents, enseignants et personnels qui font vivre cette école. Exposé fort intéressant, du cabinet Ernst & Young dont je vais tenter de tirer la substantifique moelle pour éclairer le débat.
Tout d’abord, ce que je note ce soir – et qui confirme l’impression que nous avons eu ces dernières semaines, notamment au travers des déclarations de certains élus de la majorité ou encore de déclarations de madame Voynet dans la presse ou dans Montreuil Dépêche – ce que je note donc c’est un propos en net décalage avec les termes de l’intervention de monsieur CUFFINI au mois de juin dernier ou encore avec les énormités répandues dans la presse ces derniers.
Souvenez-vous des propos de madame Voynet sur France Inter avant les vacances parlant de « cadavres dans les placards », de l’intervention de monsieur CUFFINI lors de notre dernier Conseil parlant de « contexte pré-électoral », d’« instrumentalisation électorale », de « tripatouillages », j’en passe et de bien pires encore.
Nous avons eu l’occasion de dénoncer ces accusations en rappelant d’ailleurs à monsieur CUFFINI qu’il existait des règles légales qui encadrent les périodes électorales. A ce sujet, je tiens à informer nos concitoyens présents ce soir et qui nous regardent, que ces accusations ont été contredites le 17 juillet, puisque les comptes des listes Voynet et Brard ont été validés par la Commission nationale des Comptes de campagne et des financements politiques, preuve est donc faite que contrairement aux fantasmes de monsieur CUFFINI, il n’y a pas eu utilisation de l’argent de la ville au profit du candidat et de sa liste.
D’ailleurs, le cabinet Ernst & Young le confirme lui même. Que vient-il de nous dire ? : que les marges de manœuvres se réduisent, qu’elles « ont été consommées » à compter de 2007 pour 2 raisons principales :
Ø Une hausse des dépenses de fonctionnement, principalement liée au recrutement de nombreux animateurs pour nos enfants dans nos centres de loisirs,
Ø et une importante progression des investissements, je vais y revenir.
J’aurais personnellement rajouté l’effort financier, d’ailleurs constaté par le cabinet Ernst & Young, pour le secteur associatif qui a dû encaisser les désengagements successifs de l’Etat.
Rien à voir donc avec les déclarations farfelues du mois de juin dernier.
Par ailleurs, nous nous réjouissons de constater que le cabinet Ernst & Young ait pu mener son audit financier et rendre ses conclusions, c’est bien la preuve que contrairement aux âneries répandues dans la presse ou encore devant les cadres de l’administration communale réunis vendredi dernier, les dossiers n’ont pas disparu… à moins de rendre l’équipe municipale précédente plus bête qu’elle ne l’est en faisant croire qu’elle aurait vidé les armoires de tous les dossiers… sauf des dossiers les plus sensibles, les dossiers financiers !
Mais, j’en reviens à ce que vient de dire le cabinet Ernst & Young. Que dit-il ? Que les dépenses menées à partir de 2007 ont été possibles grâce une gestion rigoureuse des finances de la ville entre 2001 et 2006 qui a conduit à une « santé financière qui s’est améliorée ».
Au titre de cette gestion rigoureuse, ne faut-il pas voir, notamment, le fruit d’une politique ambitieuse et efficace en matière de développement économique qui a permis de dégager les marges financières nécessaires pour investir ?
Et quel a été l’élu un temps en charge de cette délégation au développement économique dans l’équipe de Jean-Pierre BRARD ? Monsieur Martinez… maintenant à vos côtés et qui va dans quelques instants au sujet de la délibération relative à la modification du Plan d’Occupation des Sols nous dire tout le mal qu’il pense de cette politique qui était pourtant la sienne. Que voulez-vous, les temps changent et certains ont visiblement la mémoire courte.
Cette amélioration des finances de la ville, n’est tout de même pas le fruit du hasard, elle est le fait de choix politiques de maîtrise des dépenses, d’économies mais également de recherches de nouvelles recettes, notamment avec l’encouragement à l’installation de nouvelles entreprises sur le territoire communal : Air France, BNP, Nouvelles Frontières et bien d’autres encore. Cette volonté politique, a permis à Montreuil, contrairement à d’autres villes du département de devenir attractive et de bénéficier de recettes nouvelles pour mener ses politiques publiques et sociales.
La responsabilité d’une ville, et d’une équipe municipale, n’est pas de placer ou de boursicoter avec ces recettes, comme peuvent le faire certains clients du monde de la finance avec lesquels travaille traditionnellement le cabinet Ernst and Young. Le rôle d’une collectivité est d’investir pour répondre aux besoins et aux attentes de la population. C’est ce que l’équipe précédente a fait, dès qu’elle en a eu les moyens et parce qu’elle s’en est donné les moyens. A ce sujet, je réfute le terme de dérapage de dépenses d’investissements. Peut-on parler ainsi lorsque l’on parle de :
- L’école Louise Michel = 8.47 millions d’euros
- Du nouveau Théâtre de Montreuil = 8.22 millions d’euros
- Du groupe scolaire Nanteuil = 2.92 millions d’euros
- De la crèche Julie Daubié = 1.91 millions d’euros
- De la reconversion du collège Paul Eluard = 1.58 millions d’euros
- Du stade nautique = 1.16 millions d’euros
- Du gymnase Delaune = 0.7 millions d’euros
- De l’église Saint Pierre Saint Paul = 0.48 millions d’euros
- Des crèches Les Pins et Eglantine = 0.31 millions d’euros
- De la maternelle des grands pêchers = 0.24 millions d’euros
- De l’entretien et le renouvellement du patrimoine des écoles et des offices de restauration = 2.8 millions d’euros
- Ou encore de la rénovation du Bel-Air
Alors, certes, après ce cycle d’économies puis d’investissements, que nous nous trouvions aujourd’hui dans une situation où les marges de manœuvres sont plus faibles qu’en 2006, n’est pas étonnant en soit : permettez-moi d’illustrer mon propos pour bien faire comprendre la réalité de la situation à nos concitoyens.
Si je prends l’exemple d’une habitante du Jura qui projette de s’installer à Montreuil en 2004, et d’investir dans une maison dans le bas-montreuil, que fait cette personne – sauf à être crésus ? Des économies, elle met de l’argent de côté. Elle va aussi voir la banque pour emprunter, elle s’endette. Elle va aussi faire attention en limitant et en freinant ses dépenses, le temps de dégager les ressources suffisantes pour réaliser son projet. Dès qu’elle a assez de marge, que fait-elle ? Elle investit, elle réalise ses projets, elle achète sa maison et elle fait des travaux. Et puis, il y a parfois de mauvaises surprises, une fuite dans la toiture et donc des dépenses imprévues. Une fois tout cela réalisé, cette habitante du Jura, nouvellement Montreuilloise, fait plein d’autres projets, et notamment de remplacer son vieux vélo.
Mais, problème, elle se retrouve dans une situation ou elle ne dispose plus des ressources suffisantes puisqu’elle a investit dans sa maison. Et donc, que fait-elle ? Des économies, et nous voici dans un nouveau cycle.
Ce qui est vrai à l’échelle de la gestion d’un foyer, l’est également à l’échelle d’une ville et dans le cas précis de Montreuil.
Alors il est vrai, que dans un tel contexte, il y a 2 hypothèses, 2 options, 2 choix politiques :
Ø Mener le combat pour se donner les moyens de réaliser ses projets, de tenir ses engagements,
Ø Ou faire le choix du renoncement, renoncer à ses projets, renoncer à ses engagements.
Il semblerait que ce soit cette option que vous êtes en train de prendre en faisant mine de découvrir que les marges sont plus restreintes une fois réalisés les investissements que je viens de rappeler et en désignant les boucs-émissaires en matière de fonctionnement : les frais de personnel.
Mais, monsieur Martinez et madame Casalaspro étaient membres de l’équipe précédente, ils y exerçaient des responsabilités importantes et donc à ce titre ils ne pouvaient pas ignorer le cycle dans lequel nous nous trouvons. Que vous ayez fait des promesses à tout vent pendant votre campagne, nous le savons, nous l’avons dit et dénoncé. Comme nous avons dénoncé le fait que vous preniez le soin de ne pas dire un mot sur la manière dont vous entendiez les financer. Ce que nous dénoncions se confirme, aujourd’hui, il vous faut trouver les arguments pour expliquer et justifier devant les Montreuillois vos renoncements.
Après les accusations de « tripatouillages » en juin, votre stratégie consiste maintenant à faire mine de découvrir une situation que vous cherchez à noircir et à dramatiser. Or, pour la 3° fois depuis le mois de mars, nous allons, ce soir, voter l’ouverture et le virement de crédits, qui n’étaient pas inscrits au budget primitif de 2008 voté par l’équipe précédente. Au total nous atteindrons pas loin de 5 millions d’euros d’ouvertures de crédits. Par ailleurs, rappelons-nous le Conseil municipal de juin dernier et la présentation du résultat final du compte administratif qui faisait apparaître un solde positif de 1 million 390 000 euros. Cela veut bien dire que de l’argent il y en a et que ce sont donc vos choix politiques qui vous conduisent à renoncer à vos promesses électorales, sans vouloir l’assumer.
Pour terminer mon propos, mais notre collègue Jean-Jacques SEREY en reparlera certainement à l’occasion de la délibération relative à la modification du POS, je voudrais dire, une nouvelle fois à nos concitoyens que nous sommes particulièrement inquiets des orientations prises par votre équipe qui renonce à l’implantation de nouveaux emplois sur notre ville et à la bataille pour le développement économique de Montreuil. Vous allez priver la ville de ressources financières nouvelles alors qu’elles sont indispensables.
Nous maintenons le fait qu’il est indispensable de favoriser la création et l’installation de nouvelles activités et de nouveaux services sur le territoire. Nous ne partageons pas votre point de vue lorsque vous dites vouloir replier l’action de la ville sur ses fondamentaux ou autrement dit supprimer tout ce qui ne serait pas, à proprement parler, de compétence strictement municipale. En prenant cette orientation, vous mettez à mal la notoriété et l’attractivité de la ville et vous compromettez le maintien de politiques publiques et sociales dont les montreuillois ont pourtant besoin.