Conseil municipal du 25 mars - Modalités de concertation en vue de la création de la Zac "Boissière - Acacia"

INTERVENTION DE GAYLORD LE CHEQUER
PRESIDENT DU GROUPE DES ELUS GAUCHE UNIE ET CITOYENNE
Cette délibération entend apporter, au moins dans le discours, une amélioration en matière de concertation et de démocratie participative. Il faut dire que vous avez, en la matière, de véritables marges de progression.
Mais, en matière de démocratie représentative malheureusement, cela commence mal ou plutôt cela continue très mal. En effet, nous aimerions savoir madame FRERY si notre avis, notre débat, notre réflexion et nos propositions éventuelles sur cette délibération vous intéressent réellement ?
Les élus que nous sommes sont censés débattre sur un projet qui est déjà bouclé puisque l'appel d'offre qui découle de cette délibération est déjà rédigé, il est déjà publié sur le site de la ville et les appels à candidatures sont lancés. Nous nous demandons donc à quoi servent les élus dans ce cas ? Le procédé est plus que cavalier, il est irrespectueux des règles en matière de démocratie représentative.
Néanmoins, nous avons assisté mardi soir, avec ma collègue Danièle Créachcadec et avec Jean-Jacques Serey, à la réunion de présentation de ce projet des « Hauts de Montreuil ».
Nous y avons trouvé un certain nombre d’éléments intéressants. Nous y avons aussi trouvé des sujets d’inquiétudes, par exemple en matière d’installation des familles tsiganes ou encore de programmation d’infrastructures de transports publics permettant de répondre efficacement au problème de rupture territoriale entre le Bas et le Haut-Montreuil. Votre projet pourra y répondre si cela s’accompagne par une densification des moyens de transports et principalement avec le prolongement de la ligne 9 du métro, un aspect à ce jour négligé dans votre projet.
Un projet d’une telle envergure ne peut être jugé ou balayé d’un revers de main au terme d’une simple réunion publique ou d’un power-point.
C’est la raison pour laquelle nous accueillons favorablement le principe d’une concertation qui dépasserait le cadre légal précédent toute création d’une opération d’aménagement sous forme de Zone d’Aménagement Concerté.
Mais, pour être tout à fait objectif, là où nous sommes beaucoup plus réservés, c’est sur la façon dont les choses ont d’ores et déjà été engagées et qui n’augurent rien de bon si vous continuez à fonctionner ainsi à l’avenir.
Ce projet a été travaillé, rédigé et imaginé sans aucun échange avec la population, avec les associations ou avec les acteurs de la vie locale. Il a été déposé sur le bureau du Président du Conseil régional en septembre dernier et c’est par la presse que nous en avons appris l’existence. Jusqu’à ce jour, les élus que nous sommes n’avons reçu aucun document de présentation de ce projet, nous ne disposons pas du dossier remis au Conseil régional, seuls quelques spécialistes ont le privilège d’en avoir connaissance…
C’est ce qui conduira notre groupe à demander un vote séparé sur les articles 1 et 2 de cette délibération puisqu’il nous est demandé à l’article 1 d’approuver les objectifs d’une opération dont nous ignorons quasiment tout pour le moment. Il n’est pas raisonnable de demander à des élus de s’engager et d’engager la ville sur un projet dont ils n’ont pu découvrir que quelques aspects dans un power-point présenté lors d’une réunion publique 2 jours avant le conseil municipal.
A l’instar de la demande formulée par l’association des Mûrs à Pêches il y a quelques mois et mardi soir encore dans cette salle, il nous semble primordial d’ouvrir un débat et de solliciter les habitants de Montreuil pour déterminer l’avenir de ce secteur le plus en amont possible, pas une fois que le dossier est bouclé et déposé sur le bureau du Conseil régional. Le calendrier, utopiste, qui a été présenté mardi soir, ne laisserait pas le temps à ce travail s’il était pris au pied de la lettre. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons vous mettre en garde sur les conséquences que pourrait avoir une trop grande précipitation pour la conduite de ce projet qui a vocation à être novateur.
Second aspect, ce projet implique inévitablement une densification de cette partie de la ville et particulièrement des zones actuellement totalement dépourvues d’habitat notamment sur les ex-terrains du Syndicat des Eaux d’Ile de France. Nous l’avons dit à l’occasion du débat sur le PLU, la densification de la ville est nécessaire mais elle n’a de sens que si elle permet de répondre aux enjeux prioritaires pour le bien être des habitants et pour la préservation de la planète.
La question n’est donc pas d’être pour ou contre la densité, mais de savoir quelle densité nous voulons et comment celle-ci pourra répondre aux enjeux posés par le débat national sur le logement et aux besoins de la population en matière d’équipements et d’infrastructures publiques. De nouvelles constructions sont nécessaires, mais comment éviter les erreurs du passé et produire une ville vivable, en réduisant les sources de pollution ?
Cette délibération portant sur les modalités de la concertation, notre groupe vous soumet une proposition concrète et constructive.
Nous vous proposons l’organisation, avant l’été d’un débat, à Montreuil, sur ces questions de densification. Un débat pédagogique, contradictoire, qui quitterait le champ « montreuillo-montreuillois » mais qui permettrait de démystifier ce sujet qui inquiète, parfois légitiment, souvent par comparaison avec les erreurs urbanistiques du passé et qui n’ont rien à voir avec les questions de densité.
Au sujet des modalités de concertation décrites à l’article 2 de cette délibération, à l’exception du principe d’organisation d’ateliers pour « échanger » nous retrouvons le schéma classique et descendant qui consiste plus à « informer, présenter, exposer » - pour reprendre les termes de la délibération - qu’à concerter, confronter et écouter. Ces derniers termes n’existant pas dans votre délibération.
La concertation est avant tout un rapport humain, une relation qui doit être vraie et fondée sur la confiance. Une confiance que vous avez rompue, notamment avec la quasi-totalité des conseils de quartier (eux aussi oubliés dans cette délibération) et qu’il faudra pourtant bien rétablir si vous voulez vraiment concerter.
Nous avons néanmoins entendu, mardi, madame la Maire, votre demi mea culpa, reconnaissant votre précipitation et vos erreurs dans le cadre de la conduite de la concertation pour la révision du POS et de la concertation sur le PLU.
Chat échaudé craignant l’eau froide, nous nous abstiendrons donc sur l’article 2 de cette délibération tout en prenant acte des déclarations d’intention en matière d’amélioration des processus de concertation.
Nous serons vigilants et attentifs, tout au long du processus qui s’engage pour que la parole aille effectivement à tous ceux qui ne se déplacent pas forcément pour des réunions de spécialistes, à ceux qui n’ont pas accès à internet ou encore aux conseils de quartiers.