Conseil municipal du 29 janvier 2010 - Débat d'orientations budgétaires

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INTERVENTION DE GAYLORD LE CHEQUER

PRESIDENT DU GROUPE GAUCHE UNIE ET CITOYENNE

Madame la Sénatrice maire,
Cher(e)s collègues,

Nous aurons largement le temps lors du prochain conseil, de discuter et de détailler ligne par ligne, votre budget pour 2010. Aussi, ce soir, je voudrais me cantonner à l’orientation générale qui sous tend la construction de ce budget.

 

Beaucoup de déclarations d’intentions mais les projets concrets et nouveaux se font attendre. Des orientations politiques peu claires, des propositions qui ne sont pas chiffrées (par exemple en matière de logements sociaux et très sociaux programmés). Bref, des orientations qui ne nous semblent malheureusement pas de nature à renverser la tendance, à faire front, à garder l’attractivité de notre collectivité et du sens au combat politique.

 

Soyons factuels. Un document de 17 pages dont plus de 10 pages consacrées à commenter la crise, à désigner les coupables où à rechercher des boucs-émissaires. A peine 3 pages avec des propositions d’actions, dont une seule pour « préparer l’avenir ».

 

Dans ces trois pages, une liste de réalisations structurantes pour l’avenir de notre ville, mais décidées et engagées par vos prédécesseurs : la Maison des Babayagas, le Cœur de ville - rebaptisé, le PRUS Bel Air / Grands Pêchers, le PRU de La Noue, etc. Pour le reste, beaucoup d’incantations et des frais d’études multiples et variées mais sans débouchés concrets.

 

En fait d’orientations, c’est une longue complainte, une longue tentative d’autojustification destinée à faire avaler la pilule de l’immobilisme par dessus laquelle vous vous apprêtez à verser une dose d’augmentation des impôts, sans oser l’annoncer clairement ! C’est pourquoi, nous vous demandons dès aujourd’hui, de nous dire si oui ou non, vos hypothèses budgétaires ont été bâties avec un projet d’augmentation des impôts locaux ? Sinon, comment expliquez-vous que vos prévisions de recettes réelles de fonctionnement pour 2010 augmenteraient globalement d’environ 5,2 % par rapport au budget primitif 2009, pour atteindre 182 M€ au BP 2010. C’est une progression considérable, surtout rapportée à une inflation de moins de 1% en 2009.

 

Oui, nous contestons tous les choix et arbitrages du Président de la République dont on connaît le discours démagogique et mensonger à l’égard des collectivités locales.

 

Oui après la suppression de la TP, le projet de Grand Paris, la réforme des collectivités actuellement en débat constitue une nouvelle étape dans l’entreprise de démolition de la décentralisation, des services publics locaux et de la démocratie locale.

 

Mais une fois que nous avons dit cela, comment, à Montreuil, concrètement nous sensibilisons et mobilisons les habitants, les acteurs et partenaires de la vie locale pour faire échec à cette réforme particulièrement dangereuse. Votre immobilisme en la matière est parfaitement à contre-courant de ce qui se passe partout ailleurs, dans les grandes collectivités progressistes qui agissent et luttent. On se contente ici de constater, d’accompagner le mouvement, de verser quelques larmes de crocodiles et finalement, on s’adapte et on met en œuvre.

 

On s’adapte et on met en œuvre les orientations libérales de madame Boutin avec l’application du surloyer à laquelle vous avez ajouté en 2009 une augmentation des loyers parfaitement injustifiée alors que les locataires de l’office HLM sont parmi les plus touchés par la crise.

 

On s’adapte et on met progressivement en œuvre les orientations Bachelot en matière de santé en préférant la rentabilité, les « redéploiements », de tel ou tel centre de santé à la qualité et à la diversité de l’offre de santé publique de proximité.

 

On s’adapte et on met en œuvre une politique culturelle où l’on privilégie la fréquentation de masse, les règles de la concurrence à l’accompagnement et au soutien d’une offre diversifiée, de qualité et novatrice. En témoignent ces derniers mois les baisses de subventions à des structures comme la Maison populaire, les Instants Chavirés ou plus dramatique encore à Planète Andaloucia, structure unique en France, qui a mis la clé sous la porte faute d’écoute et de soutien de la part de la ville.

 

A l’inverse de tout cela, il y a des collectivités qui agissent au lieu de commenter : regardez le travail mené par le Président du Conseil général du Val de Marne, celle menée aussi par Claude Bartolone et Jacques RALITE en Seine-Saint-Denis avec leur appel pour la défense de la culture. Nous ne comprenons pas votre absence dans ces combats là. Où est la voix de la plus grande ville du département ? Où est la voix d’une ville qui compte au plan régional ? Où est la voix de la Sénatrice-maire dans ce débat ? Alors qu’on patine, on cafouille

 

Que faites-vous de Montreuil ? Que faites vous de la capacité de la ville et de ses habitants à se rassembler et à se mobiliser pour la défense de leurs services publics locaux, d’ailleurs, où étiez-vous jeudi dernier à l’occasion du départ de la manifestation des agents de la ville qui rejoignaient la manifestation nationale contre les suppressions de postes et les réformes en cours dans la Fonction publique ? C’est peut-être symbolique, mais les symboles dans un contexte comme celui que nous traversons, ont aussi leur force et leur importance, pas un seul élu de la majorité n’était présent !

 

La ville peut-être un des leviers de ce rapport de force indispensable pour bâtir des alternatives, encore faut-il qu’elle en ait la volonté politique et la conviction or de ce point de vue, force est de constater que vous vous situez davantage dans l’accompagnement de ces mesures libérales que dans la résistance.

 

Ainsi, l'alarmisme qui caractérise votre texte, au delà de la réalité de la crise, n'est-il pas le moyen de masquer la frilosité et le manque de dynamisme de vos orientations.

 

Alors qu’il apparaît de plus en plus clairement que la culture est très lourdement menacée par son instrumentalisation à des fins de profits ou par le développement d’une vision populiste, bien partagée à droite mais aussi parfois à gauche comme nous avons pu l’entendre parfois, dans cette salle, la quasi inexistence d’orientations volontaristes en la matière est préoccupante. Alors que nous parlons des grandes orientations pour 2010, nous trouvons le moyen, à Montreuil, ville de Méliès et de Pathé d’utiliser le mot culture qu’une seule fois et encore, pour annoncer que nous allons mener… encore et toujours des études.

 

Votre adjoint aux affaires culturelles ne doit pourtant pas ignorer cette phrase d’Alain HAYOT : « L’art et la culture ont largement contribué dans l’histoire à donner le sens de l’action collective et la construction d’un destin commun à l’humanité. C’est pourquoi il existe un lien étroit entre projet politique et projet culturel ; ce lien c’est l’utopie, le souffle de l’idée révolutionnaire, celle qui manque à la gauche d’aujourd’hui. » Celle qui vous manque, à vous avec ce texte. Il est urgent de remettre la culture au coeur de nos combats émancipateurs. Il est urgent de remettre la culture dans vos priorités budgétaires.

 

Je voudrais également dire un mot concernant le quartier de la mairie. Après 2 ans de léthargie maquillée pour nous faire croire à l’émergence d’un nouveau projet, nous avons le droit en 2010 à un lot de consolation avec une première pierre pour le centre commercial promise pour juin. En réalité, vous avez perdu un temps considérable et les seules réalisations concrètes : résidence pour jeunes, rampe du parking, rénovation de la station de métro, dalle de la nouvelle place et réalisation du bâtiment central… sont des projets qui sont le fruit du travail de vos prédécesseurs avec bien sûr des normes actualisées  en matière de développement durable et d’environnement, comme tout ce qui se fait aujourd’hui…

 

Dernier point, pour conclure, le développement économique. Il est, mais c’est une coutume maintenant depuis le début de votre mandat, le grand absent de ces orientations. Comment parler du développement du territoire, de l’attractivité de notre ville si dans un débat d’orientation budgétaire, la question du développement économique et de l’emploi est  posée de manière aussi marginale. Vous constatez, page 2 de votre document, un lent délitement de la cohésion sociale notamment lié à la fragilisation de l’emploi et par la montée du chômage et de la précarité chez nos concitoyens. Vous constatez les déclarations de cessation de paiement des entreprises à Montreuil mais pas un mot, pas une proposition, pas une orientation permettant d’envoyer un signal en direction des acteurs du développement économique.

 

Des propositions concrètes existent pourtant, elles ont notamment été présentées par les membres du Conseil de développement : pourquoi ne les retrouvons-nous pas, au moins en partie, dans ces orientations ?

 

En conclusion, vous l’aurez compris, ces orientations budgétaires ne nous semblent pas à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés. A la veille de l’examen de votre budget pour 2010, nous sommes inquiets et pessimistes, c’est le moins que l’on puisse dire.




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